12 octobre 2026 – VISION360&PLUS
Ou comment le « National Breast Cancer Awareness Month », devenu Octobre Rose, est né en 1985 d’une initiative d’un laboratoire pharmaceutique qui vendait le principal traitement du cancer du sein, et comment cette opération marketing s’est transformée en mouvement mondial tout en occultant les questions de surdiagnostic et de prévention réelle.

L’acte de naissance : 1985
En 1985, le National Breast Cancer Awareness Month (NBCAM) est créé aux États-Unis par un partenariat entre l’American Cancer Society et la division pharmaceutique d’Imperial Chemical Industries (ICI Pharmaceuticals). Cette division deviendra plus tard Zeneca, puis fusionnera pour former AstraZeneca.
À l’époque, ICI / AstraZeneca commercialise le tamoxifène (Nolvadex), qui s’impose rapidement comme l’un des traitements d’hormonothérapie les plus vendus au monde contre le cancer du sein. La campagne vise d’abord à promouvoir la généralisation des mammographies de dépistage. Plus on dépiste tôt, plus on diagnostique, plus le marché des traitements s’élargit.
Acte II – L’intérêt commercial derrière la sensibilisation
Le message officiel est clair : dépistage précoce, prise en charge rapide, survie améliorée. L’intérêt commercial l’est tout autant. Un dépistage massif augmente le volume de diagnostics, et donc le volume de patientes susceptibles de recevoir du tamoxifène, puis, plus tard, d’autres molécules comme l’anastrozole (Arimidex).
Pendant de nombreuses années, AstraZeneca reste le sponsor principal et détient les droits liés à la marque déposée National Breast Cancer Awareness Month. Le laboratoire contrôle largement le cadre du message : mammographie et traitement médicamenteux occupent le centre de la scène.
Les causes environnementales et chimiques potentielles du cancer du sein restent, elles, largement absentes du discours officiel.
Acte III – Le pinkwashing et les critiques
Des associations comme Breast Cancer Action ont dénoncé depuis longtemps ce qu’elles appellent le « pinkwashing » : des entreprises (ou des laboratoires) qui se drapent de rose pour paraître solidaires tout en tirant profit du diagnostic, du traitement, ou parfois en produisant des substances suspectées de contribuer au problème.
Le mois d’octobre devient une vitrine commerciale mondiale. Le ruban rose, initialement repris et popularisé dans les années 1990, se transforme en symbole politique et identitaire. Des milliers d’ONG, d’hôpitaux et d’institutions reprennent la campagne. Le mouvement échappe en partie à son fondateur pharmaceutique… mais conserve la logique première : sensibiliser au dépistage et aux traitements, bien plus qu’à la prévention primaire ou aux causes systémiques.
Acte IV – Le regard du Dr Delépine : d’hier à aujourd’hui
En France, l’oncologue Gérard Delépine a formulé une critique radicale. En 1985, insiste-t-il, le dépistage précoce se justifiait davantage parce que les traitements étaient peu efficaces : mieux valait intervenir vite. Aujourd’hui, les moyens de détection sont devenus si performants qu’ils repèrent des lésions qui, dans de nombreux cas, n’auraient jamais évolué vers une maladie menaçante.
Pourtant, face à un diagnostic, le système médical traite. Ablations, radiothérapies, chimiothérapies, hormonothérapies à vie : des femmes en bonne santé apparente se retrouvent transformées en patientes chroniques pour des anomalies qui n’auraient peut-être jamais mis leur vie en danger. Delépine et d’autres parlent de surdiagnostic et de surtraitement massifs. Le scandale, selon eux, n’est plus seulement l’origine commerciale de la campagne : c’est la perpétuation d’une logique qui, dans le contexte médical actuel, peut faire plus de mal que de bien.
Acte V – Quand la propagande devient politique
La campagne est si bien rodée que de nombreuses femmes s’en sont emparées avec sincérité et force. Le ruban rose est devenu un emblème. On parle des femmes, de leur corps, de leur survie. Contester Octobre Rose, c’est risquer d’être accusé d’indifférence ou de misogynie.
Pourtant, l’acte de naissance de Octobre Rose reste pharmaceutique. Le focus reste centré sur le dépistage et le traitement plutôt que sur les causes environnementales. Et le débat sur le surdiagnostic reste largement marginalisé dans le discours dominant. La propagande a réussi : le mouvement est devenu populaire, émotionnel, politique… tout en continuant de servir, structurellement, les intérêts de ceux qui vendent les examens et les molécules.
Épilogue du chapitre.
Octobre Rose n’est pas né d’un mouvement purement citoyen.
Il est né d’un laboratoire qui avait un médicament à vendre et un marché à élargir.
Aujourd’hui, des milliers de personnes y participent de bonne foi. Mais l’origine commerciale, le conflit d’intérêts historique, le pinkwashing et les questions de surdiagnostic posées par des oncologues comme Delépine ne disparaissent pas pour autant.
Le ruban rose brille.
La question demeure : sensibilise-t-on réellement… ou entretient-on un marché ?
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