07/11/26 – La puce à l’oreille

Si le totalitarisme s’exprime sous la forme d’un système politique dont l’ambition est la domination totale « sur les territoires, les corps et les esprits », Ariane Bilheran rappelle qu’il s’appuie avant tout sur les masses pour atteindre son objectif. « Il est très important de comprendre qu’il n’y a pas de totalitarisme sans hommes de masse, c’est un système qui est soutenu et qui est même réclamé. »

« La masse est le produit d’individus qui ont renoncé pour tout ou partie à leur esprit critique et qui deviennent anonymes, interchangeables. Ils sont pilotables par des émotions, des slogans et des idéologies », poursuit la philosophe.

Prenant l’exemple de la Chine, « où les données biométriques s’intègrent dans les politiques de sécurité intérieure », Ariane Bilheran illustre la dimension nouvelle ouverte par l’intelligence artificielle en matière de contrôle et de surveillance absolus des populations. Un totalitarisme numérique qui « permet de corréler les données des mouvements, des achats, des communications et de biométrie, afin de repérer les individus “à risque”, qu’il s’agisse de manifestants, de journalistes, de minorités ethniques, et d’anticiper les comportements délictueux ». « Aujourd’hui, une société se profile où on se propose d’appliquer à tous les citoyens des dispositifs qui étaient jusque-là destinés aux seuls délinquants ».

Et l’auteur de mettre en garde contre la mise en place de dispositifs toujours plus intrusifs dans la vie des citoyens, au nom du bien commun « ou de toute autre nécessité supérieure » : « Il faut bien être conscient qu’à partir du moment où l’on crée les conditions de l’outil totalitaire, il se trouvera bien des passionnés du pouvoir pour en faire bon usage. »

Grandir en conscience et élever notre qualité d’être face « à ce déferlement totalitaire qui vise à nous écraser par la technique », Ariane Bilheran nous invite à nous interroger sur nos actes, mais aussi à poser des garde-fous pour préserver notre vie psychique et nous libérer de « l’empire de la machine » : « La vie psychique résiste à toute approche de mesure, de contrôle. Elle s’échappe, se libère, et ne s’appréhende que par une humble démarche d’introspection, de lâcher-prise, d’observation du mouvement intérieur qui nous traverse ». À travers la pratique de l’introspection et de la contemplation, Ariane Bilheran nous propose ainsi de mettre « l’énergie spirituelle » au cœur de nos vies, de grandir en conscience et d’élever notre qualité d’être. « Loin de renier le mental, il s’agit plutôt de se libérer de ses conditionnements, de ses peurs, de la déliaison du corps et de l’esprit, de la censure de l’esprit. »