16/05/2026 – Lemédiaen442 – LezappingduCovid
Passeport numérique des objets, identité et carnet de santé numériques, euro numérique : Le puzzle européen du crédit social se complète.
Le passeport numérique des objets (ou Digital Product Passport – DPP) n’est qu’une pièce de plus dans l’édifice numérique que l’Union européenne construit avec une méticulosité inquiétante. Associé à l’identité numérique et à l’euro numérique, il forme un dispositif où chaque détail de notre existence est traçable, analysable, et bientôt, peut-être, sanctionnable. Officiellement, il s’agit de promouvoir la durabilité et la transparence. Petits pas par petits pas, il s’agit de créer une infrastructure de surveillance totale, dignes des pires dystopies. En route vers le meilleur des mondes ou un monde meilleur.

Le DPP : une fiche d’identité pour chaque objet
Depuis 2024 et l’entrée en vigueur du règlement ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), l’Union européenne impose progressivement aux fabricants de doter leurs produits d’un passeport numérique des produits (DPP). Ce passeport, accessible via un QR code ou une puce NFC, contient tout ce qu’il faut savoir sur un objet : sa composition exacte, son origine, son empreinte carbone, ses instructions de réparation, de réutilisation ou de recyclage, et même sa conformité réglementaire.
Les premiers secteurs concernés – batteries, textiles, électronique, matériaux de construction – devront s’y plier entre 2025 et 2027, avec une généralisation prévue pour 2030. Officiellement, ce dispositif vise à éclairer le consommateur et à favoriser l’économie circulaire. En pratique, il crée un jumeau numérique pour chaque objet physique, traçable à l’échelle du continent.
L’identité numérique : le chaînon manquant
Le passeport numérique des produits ne fonctionne pas seul. Il s’appuie sur le portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet), issu du règlement eIDAS 2.0. Ce portefeuille, que chaque État membre devra proposer d’ici fin 2026, permettra aux citoyens et aux entreprises de stocker et de présenter des identifiants vérifiables (carte d’identité, diplômes, permis, etc.) de manière sécurisée et transfrontalière.
Les liens techniques sont déjà en place :
- Les entreprises utilisent un « Business Wallet » pour signer numériquement les passeports numériques des produits et garantir leur authenticité.
- Les consommateurs ou les autorités peuvent vérifier les données du passeport grâce à des credentials vérifiables issus du wallet.
- L’identité numérique des objets (DPP) et celle des personnes (EUDI) partagent la même infrastructure de confiance.
Ainsi, chaque produit acheté peut être lié de manière infaillible à l’identité de l’acheteur, du vendeur et de tous les intermédiaires de la chaîne.
L’euro numérique : la monnaie qui vous surveille, prévue pour 2029.
L’euro numérique, en cours de préparation par la Banque centrale européenne (BCE), viendra parachever ce dispositif. Présenté comme un équivalent numérique du cash – privé, instantané et accessible à tous –, il cache un potentiel bien plus inquiétant : celui d’une monnaie programmable. Selon les critiques (et certains documents internes), cette monnaie pourrait être dotée de règles d’usage : date d’expiration, restriction à certains achats, ou conditionnement à des comportements « vertueux ».
Associé à l’identité numérique et au DPP, l’euro numérique permettrait de tracer en temps réel qui achète quoi, et surtout, si cet achat respecte les « bonnes pratiques » environnementales ou sociales définies par Bruxelles.
Vers un crédit social à l’européenne ?
En Chine, le crédit social repose sur une note globale qui récompense ou pénalise les comportements. En Europe, on procède par étapes, avec des mesures présentées comme « incitatives » :
- Traçabilité des objets → DPP ;
- Traçabilité des personnes → EUDI Wallet ;
- Traçabilité des paiements → euro numérique.
Le tout est interconnecté via des standards communs (verifiable credentials, registres décentralisés, blockchain). Les promoteurs parlent de « durabilité » et de « confiance ». Mais comment ne pas y voir les fondations d’un système où vos choix de consommation, vos habitudes d’achat et votre « empreinte carbone personnelle » pourraient un jour faire l’objet d’une notation sociale – d’abord incitative (réductions, accès prioritaires), puis coercitive ?
Des voix s’élèvent déjà – eurodéputés, think tanks, lanceurs d’alerte – pour dénoncer ce glissement vers un contrôle algorithmique des comportements, masqué sous le prétexte de la transition écologique. Le parallèle avec la Chine n’est plus une théorie du complot : il est technique, documenté, et en marche.
Liberté ou contrôle ? Le choix est-il encore possible ?
Le passeport numérique des objets n’est pas une mesure anodine. Avec l’identité numérique et l’euro numérique, il constitue l’ossature d’un monde où chaque objet, chaque transaction et chaque citoyen est identifiable, traçable et potentiellement noté.
Le puzzle est presque complet. Reste à savoir si nous accepterons de vivre dans cet ordre numérique « vert » et « sûr », ou si nous exigerons des garde-fous réels : anonymat par défaut, interdiction de la programmabilité de la monnaie, refus de la notation comportementale.
L’Europe ne copie pas la Chine… Elle construit sa propre version, plus sophistiquée, plus « démocratique » en apparence. Mais le résultat risque d’être le même : la fin de la vie privée, même dans les actes les plus quotidiens.
Le choix nous appartient encore.
Pour combien de temps ?
