19/08/2026 – Lemédiaen442

Au revoir l’artiste : Bernard Denis, le maire macroniste qui s’était cloué lui-même en accusant de faux agresseurs, est mort.

Bernard Denis, ancien maire délégué de Saint-Côme-du-Mont, dans la Manche, est décédé le 5 août 2026 à l’âge de 70 ans. Son avis de décès annonce une cérémonie religieuse célébrée le 13 août à Carentan-les-Marais. Aucun élément officiel ne précise les causes de sa mort.

L’homme restera surtout associé à l’un des épisodes les plus invraisemblables de la vie politique locale. Des clous, des masques sanitaires, des inscriptions politiques, deux mystérieux agresseurs et, à l’arrivée, Emmanuel Macron au téléphone : le scénario avait tout d’une mauvaise série écrite pendant un couvre-feu.

Un maire retrouvé bâillonné et cloué dans un champ

Le 9 novembre 2022, Bernard Denis est découvert blessé sur un chantier. Il est bâillonné, le visage tuméfié, avec des clous plantés dans les mains et au niveau des tendons d’Achille. Aux enquêteurs, il raconte avoir été attaqué par deux hommes portant des masques contre le Covid-19.

Selon son récit, les agresseurs lui auraient reproché son soutien à Emmanuel Macron. L’image était parfaite : un élu macroniste supplicié dans la campagne normande pour ses convictions. Une crucifixion républicaine, avec masque obligatoire et service de communication presque compris.

La scène n’était pourtant que le dernier épisode d’une longue série. Bernard Denis avait auparavant signalé des tirs contre sa camionnette, des dégradations et des inscriptions hostiles peintes sur sa propriété. Après l’incendie de sa maison en 2021, Emmanuel Macron lui avait personnellement téléphoné. Gérald Darmanin avait également affiché son soutien.

La grande indignation médiatique reposait sur un décor en carton

Le faux calvaire avait aussitôt nourri les commentaires sur la violence visant les élus. Plusieurs médias reprenaient le récit du maire tandis que les responsables politiques adressaient leurs messages de solidarité. Dans cette mécanique bien huilée, l’émotion avait une confortable avance sur les vérifications.

Les gendarmes ont fini par démonter le décor. Les deux hommes masqués n’existaient pas et Bernard Denis avait organisé lui-même son supplice. Les tirs contre sa camionnette et plusieurs actes de vandalisme qu’il avait dénoncés étaient également inventés.

L’artiste avait vu grand. Là où certains fabriquent un faux témoignage sur les réseaux sociaux, lui avait choisi le spectacle vivant, les accessoires métalliques et une tournée promotionnelle jusqu’à l’Élysée. Une performance radicale, certes, mais financée en partie par les heures de travail des enquêteurs.

Quatre mois de prison avec sursis

Le 27 mars 2024, le tribunal correctionnel de Coutances l’a condamné à quatre mois de prison avec sursis et 7 500 euros d’amende pour dénonciation de crimes imaginaires. La décision mettait un point final judiciaire à cette succession de fausses agressions, comme le rappelait alors le compte rendu de sa condamnation.

Six mois de prison avec sursis

Quelques mois plus tard, Bernard Denis comparaît dans une autre affaire concernant une employée de la mairie. Les faits initialement qualifiés d’exhibition sexuelle sont finalement requalifiés en harcèlement sexuel. En novembre 2024, il est condamné à six mois de prison avec sursis probatoire, avec notamment une obligation de soins psychiatriques, une interdiction de contacter la victime et une peine d’inéligibilité de cinq ans.

Bernard Denis souffrait d’une importante fragilité psychologique et avait été suivi sur le plan psychiatrique. Ce fait mérite d’être rappelé sans effacer le reste : ses inventions ont mobilisé la justice, trompé le public et permis à la Macronie de jouer quelques jours sa partition favorite, celle du pouvoir assiégé par une France présentée comme violente et ingrate.

Sa mort referme un dossier politique assez révélateur : un homme en détresse avait fabriqué un martyre, les médias avaient fourni la sono et le sommet de l’État avait applaudi avant la fin du premier acte. Bernard Denis avait planté les clous ; la Macronie, elle, avait accroché le tableau.

par Yoann