31 oaût 2025 – Le Voyageur & Butineur de la vie

Le bistrot d’Alphonse
Année : 2009
Parole de Bernard Dimey
Musique : Le Voyageur & Butineur de la vie
Montage et arrangement musical : Suno
Bernard Dimey, le poète du franc-parlé oublié des officiels
Bernard Dimey est de ces poètes qu’on n’ose pas toujours ranger dans les anthologies bien repassées de la littérature française. Trop libre, trop gouailleur, trop proche du peuple pour être canonisé par les gardiens du bon goût. Et pourtant, quelle voix ! Cet homme, qui maniait la langue comme une arme autant que comme une caresse, n’écrivait pas pour séduire les salons mais pour parler à ceux qu’on croise au comptoir, dans la rue, dans ces lieux de vie où la vérité se dit sans fard.
Dimey, c’est un souffle brut, une poésie qui ne se maquille pas. Son franc-parlé, ses mots parfois crus mais toujours habités, sont le prolongement d’une humanité profonde, tendre et lucide. Derrière le rire tonitruant, derrière la gouaille du Montmartre qu’il a arpenté, se cachait un immense artisan des mots, capable de saisir la détresse comme l’espérance, la nuit comme la lumière.
Il n’a pas encore été reconnu comme un poète « populaire » au sens large, mais ses textes, chantés par d’autres (Mouloudji, Piaf, ou même Aznavour), continuent de circuler comme des secrets bien gardés. Car le peuple, justement, celui dont il s’est fait le chroniqueur, n’a pas besoin d’hommages officiels pour savoir qu’il était l’un des siens.
Bernard Dimey, c’est un peu l’âme d’un Paris qui savait encore rire de tout, pleurer beaucoup, et chanter toujours. Un poète libre, entier, sans concession. Peut-être pas académique, mais foncièrement authentique : un poète qui parlait la langue de la vie.
Paroles :
C’est au bistrot d’Alphonse, entre onze heures et minuit
Qu’on est venus trente ans, se tourniquer la gueule
Et se pourrir le foie, un peu toutes les nuits
La folie va son train, la vache elle agit seule
Nul ne l’entend venir, mais son oeil est brillant
Et notre cinquantaine, à pas de loup s’approche
L’amour se fait la malle, on n’est plus très vaillant
À la hauteur bien sûr, mais c’est pas dans la poche
Alphonse est bien gentil, c’est mon plus vieux copain
Son cognac est parfait, son pinard impeccable
Dans son temps paraît-il, c’était un chaud lapin
Mais plus personne au lit, quand on dort sous la table
Trente ans de gueul’ de bois, et sans désemparer
Et lui le malheureux, qui buvait pour l’exemple
La cirrhose a fini, par tout accaparer
Quand tu sers ton calva, et qu’t-as la pogne qui tremble
À voir la gueul’ qu’on a, on se prend à rêver
On se découvre enfin, des idées générales
Il est bien évident, qu’on va bientôt crever
Alphonse le premier, pour sauver la morale
Alphonse la fortune, ell’ mûrit pas tout’ seule
Il faut la provoquer, y mettre tout son coeur
Nous c’est pour t’enrichir, qu’on s’est saoulé la gueule
Et quand tu s’ras crevé, on ira boire ailleurs