10/08/2026 – Lemédiaen442
Assemblée nationale : Yaël Braun-Pivet s’accroche à son pavillon de verre à 52,8 millions d’euros
Les Français sont priés de surveiller leurs dépenses, mais l’Assemblée nationale conserve quelques ambitions immobilières. Le projet de nouveau pavillon d’accueil porté par Yaël Braun-Pivet, estimé à 52,8 millions d’euros, poursuit son chemin malgré une pétition dépassant désormais les 132 800 signatures.

Le bâtiment actuel, construit en pierre en 1888, doit être démoli. À sa place, l’agence Moatti-Rivière prévoit une structure contemporaine largement vitrée, dotée de volumes cylindriques rappelant les colonnes du Palais-Bourbon. L’ensemble occuperait plus de 4 000 m², avec des extensions souterraines, un auditorium, des espaces pédagogiques, une boutique et une cafétéria. La démocratie représentative avait visiblement besoin d’un comptoir.
Un pavillon à 52,8 millions financé par les réserves
Le projet est né d’un concours d’architecture lancé en 2023. Le choix de Moatti-Rivière a ensuite été approuvé à l’unanimité par le Bureau de l’Assemblée nationale. L’institution affirme vouloir améliorer l’accueil des quelque 200 000 visiteurs reçus chaque année, dans un pavillon actuel qu’elle considère comme trop petit, vétuste et peu accessible.
La facture doit être prélevée sur les réserves de l’Assemblée, sans dotation supplémentaire de l’État. Une précision comptable qui ne change pas l’origine de cet argent : les finances publiques. Pendant que le pouvoir macroniste explique aux Français qu’il faut réduire les dépenses, près de 53 millions peuvent donc être mobilisés pour une vitrine institutionnelle équipée d’une boutique.
Un permis suspendu, puis des règles appelées à bouger
Le permis de construire, déposé en juin 2025, a été retiré en février 2026. Le projet n’était pas compatible avec le Plan de sauvegarde et de mise en valeur du 7e arrondissement, notamment concernant sa hauteur et certaines excavations prévues dans des zones protégées.
Le dossier n’est pourtant pas enterré. Le 18 juillet 2026, le Conseil de Paris a donné un avis favorable à une modification des règles d’urbanisme autour du Palais-Bourbon. Il reste encore plusieurs passages obligés : avis de l’Architecte des Bâtiments de France, consultation de la Commission locale du site patrimonial remarquable, enquête publique et dépôt d’un nouveau permis. Aucun chantier n’a donc commencé.
Sites & Monuments refuse la démolition du pavillon de 1888
L’association Sites & Monuments, reconnue d’utilité publique, dénonce la destruction d’un bâtiment historique en bon état, la place massive accordée au verre et la rupture avec la perspective reliant la Madeleine, la place de la Concorde et la colonnade du Palais-Bourbon. Le secteur appartient aussi au périmètre des Rives de la Seine inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Son président, Julien Lacaze, résume ainsi le risque : « Quand on a détruit quelque chose et qu’on a construit quelque chose qui n’est pas en harmonie avec un site, c’est définitif. Ce n’est pas réversible. » L’association rappelle qu’une autre proposition conservait le pavillon de 1888 tout en ajoutant une extension en pierre.
Yaël Braun-Pivet s’est, elle, dite « dépassée par les critiques sur un projet que les gens ne connaissent pas ». Plus de 132 800 personnes ont désormais pris le temps de le connaître et de le refuser, via cette pétition. La présidente de l’Assemblée pourra toujours compter sur un pouvoir qui traite les pétitions comme du courrier indésirable.
