27 janvier 2026 – VISION360&PLUS

Il faut toujours se méfier des hommes politiques, et plus encore d’un président comme Donald Trump. Mais à Davos, il n’a pas prononcé un discours de plus : il a lancé une pierre dans un système déjà fissuré. Une pierre lourde, consciente, destinée à provoquer des ondes de choc dans un monde au bord du chaos, où le vernis du consensus craque de toutes parts.
Un discours qui pourrait marquer la fin du « nouvel ordre mondial » ?

Il faut cesser de faire semblant. Ce qui se joue n’est pas une alternance politique, ni une querelle de styles. Ce qui se joue, c’est une guerre de structures. Une guerre entre deux visions du monde irréconciliables. Et Donald Trump, qu’on le veuille ou non, s’est placé sur la ligne de front.

Davos n’est pas un forum. Davos est un conclave. Un lieu où se rencontrent ceux qui ne sont élus par personne mais qui décident pour tous. Banques centrales, fonds d’investissement, multinationales, institutions « supranationales » : le pouvoir réel s’y exprime sans masque. Trump y apparaît comme un corps étranger. Un intrus. Un homme qui parle de nations là où l’on parle d’optimisation globale. De peuples là où l’on parle de flux.

En s’attaquant à ce système, Trump vise une architecture vieille de plusieurs siècles : l’Empire britannique reconverti en empire financier. Après la perte des colonies, Londres n’a pas disparu. Elle s’est transformée. La City est devenue le cœur battant de la finance mondiale, hors contrôle démocratique, protégée par des statuts juridiques opaques, reliée à un réseau de paradis fiscaux hérités de l’ancien empire : îles Caïmans, Bermudes, Jersey, Guernesey, Gibraltar.

Ce n’est pas un hasard si une part massive de l’argent sale mondial — trafics, guerres, corruption, détournements — transite par cette sphère. Ce n’est pas un accident si près de 85 % du PIB britannique repose aujourd’hui sur la finance et les services financiers. Quand un pays ne produit plus, il spécule. Quand il ne construit plus, il prélève. Quand il ne crée plus, il contrôle.

Trump attaque ce modèle à la racine. Il s’en prend au cartel bancaire international, hérité de Bretton Woods, du FMI, de la Banque mondiale, de la Banque des règlements internationaux (BIS), ce club fermé des banques centrales qui décide de la monnaie, de la dette, de l’inflation et de l’austérité loin des peuples. Ce système ne finance pas la croissance réelle. Il finance la dépendance.

Depuis des décennies, le même scénario se répète : un pays est endetté, soumis à des « réformes structurelles », dépouillé de ses services publics, de ses ressources, de sa souveraineté. Les peuples paient, les banques encaissent. Voilà la véritable mondialisation.

Trump refuse ce rôle. Il refuse l’idée que les nations soient condamnées à « gérer leur déclin ». Il refuse la désindustrialisation programmée, le sacrifice des classes productives, la dépendance permanente au crédit. Là où les globalistes veulent des pays consommateurs, endettés et dociles, Trump parle de production, d’autonomie, de reconstruction industrielle.

C’est précisément pour cela qu’il est incompatible avec la logique de guerre permanente. Car la guerre est l’outil central de cet empire financier. Depuis la Première Guerre mondiale — financée par les grandes banques anglo-américaines — jusqu’aux conflits contemporains par proxy, la guerre crée de la dette, détruit des pays, justifie des plans de reconstruction… financés par ceux-là mêmes qui ont alimenté le chaos.

La Russie, historiquement, n’a jamais accepté cette tutelle financière anglo-saxonne. Elle en connaît le prix depuis le pillage des années 1990. Trump le sait. Une paix durable remettrait en cause un modèle économique entier fondé sur l’instabilité. Voilà pourquoi toute tentative de dialogue est immédiatement diabolisée.

La fracture est également démographique. Les élites globales parlent de « surpopulation », de décroissance humaine, de réduction. Trump défend l’inverse : des peuples nombreux, enracinés, capables de se projeter. Ce n’est pas anodin. Un peuple confiant, qui se reproduit et se projette dans l’avenir, est ingérable par la peur et la dette.

Il défend aussi la protection des frontières. Non par repli, mais par cohérence. Un monde sans frontières est un monde où seuls les plus puissants circulent librement, où les capitaux traversent tout, mais où les peuples sont dissous. La frontière est une limite, et toute limite est insupportable à un système qui veut tout absorber.

Enfin, Trump met en cause le pillage systématique des pays pauvres. Ressources extraites, dettes imposées, guerres entretenues, élites locales achetées. Ce n’est pas une dérive : c’est un modèle. Et ce modèle a besoin que rien ne change, que surtout rien ne se stabilise.

Trump ne propose pas un gouvernement mondial. Il propose exactement l’inverse : un monde de nations souveraines, capables de coopérer sans se soumettre. C’est cela, et seulement cela, qui le rend dangereux aux yeux de l’Empire invisible.

Ce chapitre ne prétend pas que Trump soit pur, parfait ou sans contradictions (c’est le message, la nouvelle direction qui compte). Il affirme autre chose, plus dérangeant encore : il a mis le doigt là où ça fait mal. Il a nommé l’ennemi structurel. Il a brisé le consensus. Et il a montré qu’un autre chemin — hors de la finance prédatrice et de la guerre permanente — était au moins pensable.

C’est pour cela qu’il est combattu avec une telle violence. Non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il remet en cause.

Le scénario est-il déjà écrit ? Sommes-nous réellement à l’aube d’un basculement, ou simplement en train d’assister à une séquence de plus dans une pièce dont le script nous échappe ? Il est possible que Trump ne soit pas l’exception, mais une variable intégrée. Une figure autorisée à choquer, à bousculer, à donner l’illusion de la rupture, tout en restant enfermée dans un cadre décidé bien en amont.
L’histoire regorge de faux opposants et de révolutions sous contrôle. Et si ce qui nous est présenté comme un affrontement n’était qu’une mise en scène nécessaire pour accompagner un changement déjà acté ? Dans ce cas, la question n’est plus de savoir qui gagne, mais à quoi et à qui ce changement doit réellement servir.

Sauf que parfois les plans peuvent dérailler avec la conscience collective quand elle cesse d’obéir. Là où l’architecte n’avait rien prévu, le plan se fissure. Et c’est toujours à cet endroit précis que l’Histoire bascule.