28 décembre 2025 – La Relève & La Peste
Derrière les promesses de l’intelligence artificielle et du progrès technologique se cache une réalité matérielle brutale : celle de milliers de data centers qui engloutissent des quantités astronomiques d’eau pour assurer leur fonctionnement. Dans un monde confronté à une crise climatique sans précédent, et où l’accès à l’eau est un enjeu crucial, ces infrastructures numériques sont de véritables gouffres écologiques. Et leur prolifération à grande vitesse ne laisse entrevoir qu’un désastre aggravé.

En 2023, Microsoft a utilisé 7,8 milliards de litres d’eau pour ses seuls data centers – 22% de plus qu’en 2022 – là où Google en a utilisé 24 milliards, marquant une augmentation de 14% par rapport à l’année précédente.
Ce chiffre n’est voué qu’à augmenter : les médias Source Material et The Guardian révèlent que les entreprises Amazon, Google et Microsoft prévoient à elles trois d’augmenter leur nombre de data centers en service de 78% – les trois entreprises en cumulent déjà 400 à elles seules.
L’Agence Internationale de L’Énergie (AIE) estime, dans son dernier rapport Energy and AI, publié en avril 2025, que les data centers ont consommé environ 560 milliards de litres d’eau à l’échelle mondiale en 2023. Un chiffre qui selon eux pourrait plus que doubler d’ici à 2030, pour atteindre près de 1 200 milliards de litres par an.
Il est important, pour saisir le problème dans toute sa complexité, de faire la distinction entre l’eau consommée et l’eau prélevée par les data centers. L’eau prélevée représente la quantité totale d’eau utilisée dans le cadre de la construction, le fonctionnement et l’entretien de ces infrastructures. L’eau consommée représente la part, sur la quantité totale, dont l’utilisation ne permet pas un renouvellement de cette ressource. Toujours selon l’AIE, les quantités prélevées sont bien supérieures à celles citées précédemment ; plus de 5 000 milliards de litres prélevés en 2023, et des estimations excédant 9 000 milliards de litres en 2030.
Ironie cruelle : ces infrastructures gourmandes en eau s’implantent de plus en plus dans des zones sujettes aux pénuries et aux sécheresses. Microsoft et Google disposent respectivement de 42% et de 15% de leur data centers dans des territoires soumis à un fort stress hydrique.
La région de l’Aragon, au nord de l’Espagne, est l’une de celles qui en paient le plus les conséquences. Malgré la sécheresse qui frappe régulièrement la région et fragilise ses activités – reposant en grande partie sur l’agriculture –, Amazon y prévoit la construction de trois nouveaux data centers, en plus de celui déjà en activité.
Les autorisations fournies à Amazon permettraient à chaque infrastructure d’utiliser 755 millions de litres d’eau à l’année, soit de quoi irriguer 200 hectares de maïs, la céréale la plus cultivée dans ces territoires. La question de l’énergie risque également de cristalliser les tensions : il est estimé que les data centers d’Amazon consommeront plus d’énergie que l’ensemble des habitants de la région.