25 août 2025 – NUMERIQUE
Elles sont censées être l’un des symboles de la transition écologique. Mais une nouvelle étude révèle que les stations de recharge rapide pour véhicules électriques émettent une pollution invisible, mais bien réelle. Et c’est précisément là que ça devient troublant.

© Nadezda Murmakova
On les imagine propres, silencieuses, presque inodores. Les bornes de recharge rapide pour voitures électrique, ces totems modernes de l’après-pétrole, sont pourtant peut-être moins vertueuses qu’on le pense. Une étude menée dans 50 stations de recharge rapide de Californie révèle que certaines d’entre elles émettent des particules fines (PM2.5) à des niveaux supérieurs à ceux observés près des stations essence. En cause ? Pas les voitures, ni les batteries… mais les armoires de puissance elles-mêmes.
Les armoires de recharge rapide émettent des particules fines : un oubli réglementaire
Ce sont les composants fixes, pas les véhicules, qui génèrent les particules. C’est une forme de pollution inattendue.Dr Yuan Yao, autrice principale de l’étude, Université de Californie
L’étude, publiée en août 2025, a scruté les armoires électriques de 50 stations de recharge rapide dans le comté de Los Angeles, dont 60 % étaient des Superchargeurs Tesla. Résultat : 46 % des sites dépassaient les recommandations de l’OMS en matière de pollution aux PM2.5. Les niveaux étaient en moyenne 1,5 fois plus élevés qu’en fond urbain classique. Pire, dans certaines stations, les concentrations grimpaient à plus de 300 µg/m³ en pointe.
46 % des stations testées dépassaient les seuils recommandés par l’OMS.Étude Yao et al., 2025

© Yao et al., 2025 / Environmental Pollution, Elsevier. Utilisation à des fins éditoriales.
“À ce jour, aucune norme n’encadre ces émissions. C’est un vide réglementaire total” explique M. Niu, co-auteur de l’étude.
Contrairement aux idées reçues, aucun moteur diesel caché ni aucune combustion interne n’est en cause. L’équipe a analysé les gaz (CO, CO₂, ozone), la volatilité des particules et leur composition chimique. La piste la plus probable ? La remise en suspension de poussières fines (issues du freinage, des pneus, ou de la route) par les ventilateurs de refroidissement des armoires.
Une pollution silencieuse… mais localisée

« La transition vers l’électrique ne doit pas occulter les polluants invisibles”, explique Y. Zhang, chercheur en santé environnementale, au sein de l’étude. On ne parle pas ici d’un nuage toxique visible à l’œil nu, mais de micro-particules particulièrement nocives pour les voies respiratoires. Et si l’émission reste localisée, elle pose des questions de fond sur le choix des emplacements, notamment à proximité des écoles, crèches ou lieux sensibles.
À l’heure où les États-Unis prévoient 500 000 stations de recharge rapide d’ici 2030, 50 000 en France d’ici 2030 et que l’Europe suit le mouvement, cette étude arrive comme un rappel salutaire : toute innovation technologique a ses angles morts. Encore faut-il accepter de les regarder en face.