14/12/2025 – Lemédiaen442Verteco

Par trois arrêtés du 3 décembre 2025 publiés au Journal officiel, l’État a accordé à Breizh Ressources trois permis exclusifs de recherches minières : Epona, Taranis et Bélénos, couvrant au total environ 850 km² dans l’Ouest. Dans les communes concernées, la décision a déclenché une contestation locale, avec des habitants qui dénoncent une “ruée vers l’or” et refusent l’idée d’une future exploitation.

Par l’arrêté du 3 décembre 2025 paru au Journal Officiel, le ministère de l’Économie accorde un permis exclusif de recherches de mines à une société étrangère, Breizh Ressources, dont le nom et jusqu’au nom de domaine évoquent le terroir breton. Or il n’en est rien car c’est une filiale d’un groupe canadien immatriculé aux Bermudes. Son unique actionnaire est Keith Barron, géologue de nationalité britannico-canadienne résidant 37 Chemin de Champlan, Sornard (Nendaz) Suisse, loin de toute pollution. C’est lui qui a découvert l’une des plus grandes mines d’or au monde, en 2006, la Fruta Del Norte, au Sud-Est de l’Équateur.

Malheureux villageois qui avez la malchance d’habiter au-dessus d’une antique mine d’or romaine ou bien de lithium, d’antimoine, d’argent, de bismuth, de cobalt, de cuivre, d’ étain, germanium, indium, lithium, molybdène, niobium, or, tantale, titane, tungstène, platine, plomb, rhénium, zinc, zirconium et de terres rares, vos terrains ont été vendus par l’État à une société off-shore spécialisée dans la prospection minière. On ne vous a pas demandé votre avis, d’autant plus que la tendance est à s’asseoir dessus.

  • Le permis Epona de 51 km2, cible les villages aux doux noms de Kervignac, Languidic, Hennebont, Nostang. Le permis y est accordé pour 3 ans renouvelables plusieurs fois.
  • Le permis Taranis de 359,5 km2 concerne les communes de Saint-Congard, Saint-Laurent-sur-Oust, Ruffiac, Tréal, Saint-Nicolas-du-Tertre, La Gacilly, Cournon, Les Fougerêts, Saint-Martin-sur-Oust (Morbihan), Sixt-sur-Aff, Saint-Just, Saint-Ganton, Langon, SainteAnne-sur-Vilaine, La Chapelle-de-Brain, Renac, Sainte-Marie, Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine), Massérac, Guémené-Penfao (Loire-Atlantique). Le permis est valable 5 ans, renouvelable dans la limite de 15 ans.
  • Le permis Bellenos, de 440,88 km2 entre la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire, concerne Erbray, Moisdon-la-Rivière, Grand-Auverné, Petit-Auverné, Saint-Julien-de-Vouvantes, La Chapelle-Glain, Vallons-de-l’Erdre, Le Pin, Challain-la-Potherie, Candé, Angrie, Loiré, Chazé-sur-Argos, Val d’Erdre-Auxence, Bécon-les-Granits, Erdre-en-Anjou, Saint-Clément-de-la-Place et Longuenée-en-Anjou.

Ancienne mine d’or gallo-romaine à Guémené-Penfao, sur les terres du château de Trénon, à Beslé-sur-Vilaine.

Imaginons la pollution qui sera produite par des extractions chimiques récentes (avec des acides, cyanures, hydrocarbures, mercure…), quand les déchets des mines d’argent du Huelgoat fermées en 1869 continuent à polluer l’air, les rivières et les eaux souterraines. Pendant et après l’exploitation minière : la biodiversité est profondément malmenée, la santé de la population en péril sur toute la continuité du bassin versant et la valeur des terrains réduite à peau de chagrin.

Entre-soi et dossiers incomplets

ENCEM Sud-Est, basé Vénissieux, près de Lyon, a effectué des notices d’impact destinées à évaluer les éventuels dégâts environnementaux causés par ce type de sondages. Sans préjuger des conséquences sur l’environnement par les mines qui s’ensuivraient. Les notices ont été effectuées entre le 4 et le 19 juillet 2023 pour le dossier Epona et entre le 12 et le 28 juillet pour les dossiers Bélénos et Taranis. Préfets, experts, société Breizh Ressources et direction de l’eau et de la biodiversité se sont rencontrés pour prendre leur décision sans consulter les habitants des communes concernées.

On sent qu’une grande cordialité régnait au cours des entretiens. Certains compliments en font état dans le rapport : « Les dossiers présentés sont de bonne qualité et d’accès facile. Les inconnues qu’ils comportent sont inhérentes au fait que la localisation de certains travaux, dont les sondages de prospection, ne peut à ce stade être déterminée. » Traduction : on fait confiance à l’entreprise, parce qu’ils sont vraiment sympas.

Et tout est tellement facile : « Les tranchées seront, selon les dossiers, réalisées uniquement en cas de nécessité absolue, à la pelle mécanique, avec séparation de la terre végétale, remise en place en fin de chantier. » On creuse, on dépose, on repose, et voilà ! Et s’il y a destruction de sol pour les sondages de plus de 100 m, il faudra auparavant faire une évaluation environnementale. Autrement dit, creuser plus de 100 m pour les expert du rapport, pourquoi pas ? Faut voir. En tout cas il faudra faire appel à de vrais experts en fonction du sol et de l’âge du capitaine.

On peut s’attendre à du ramdam dans la campagne : « En ce qui concerne les sondages carottés, ceux-ci seront préférentiellement réalisés par une machine de petite dimension, autotractée, déplaçable éventuellement par hélicoptère […] L’Autorité environnementale recommande de veiller à éviter, dans ce territoire assez densément peuplé, les abords des zones habitées lors des travaux à l’aide d’hélicoptères. »

Points positifs : « Les sondages seront exclus des périmètres rapprochés de captage d’alimentation en eau destinée à la consommation humaine et de vestiges archéologiques. Ils seront réalisés hors zones inondables et Natura 2000, loin des exploitations agricoles et des localités habitées. » Une question : c’est combien de mètres « loin » ?

Il manque des informations sur les nappes locales, les zones humides, les zones naturelles sensibles (page 26 du rapport). Conclusion : les permis ont été accordés sur la base de dossiers incomplets. L’autorité environnementale recommande d’informer le public, de lui donner des précisions sur les phases du projet industriel afin de l’« éclairer ». Mais jamais, au grand jamais, de lui demander son avis.

Pas de mine dans mon jardin

Les maires (sauf un) s’opposent aux fouilles. Environ 170 personnes ont manifesté leur mécontentement dans le bourg de Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Atlantique), le samedi 29 novembre, sous des pancartes « Pas de mine dans mon jardin, ni chez mes voisins ».

par Jacqueline