20 mars 2026 – Article de Kagdrogo

Une guerre sans camp
Le monde n’est pas tel que vous le percevez.
Israël a armé l’ennemi qu’il combat aujourd’hui ; la véritable raison des frappes américaines est bien plus vaste que vous ne pouvez l’imaginer.

Depuis des décennies, un plan clair guide l’approche d’Israël au Moyen-Orient : la création d’un État juif dominant englobant un territoire largement étendu, appelé « Grand Israël », en affaiblissant, fragmentant et neutralisant les États arabes environnants. Cette vision n’est pas une spéculation marginale ; elle est exposée dans des documents politiques explicites et des révélations publiques allant des années 1980 à l’après 11 septembre.

Le texte fondateur est l’article de 1982 d’Oded Yinon, « Une stratégie pour Israël dans les années 1980 ». Yinon, ancien responsable du ministère israélien des Affaires étrangères, affirmait que la survie d’Israël nécessitait la dissolution des États arabes existants en entités plus petites, divisées sur les plans ethnique et religieux, réduites à l’état de vestiges de leurs nations d’origine. Il décrivait l’Égypte comme un « cadavre » à démanteler, la Jordanie comme mûre pour une prise de contrôle palestinienne, l’Irak comme une cible privilégiée pour une fragmentation interne religieuse et tribale, en attisant les divisions et l’hostilité entre chiites, sunnites et Kurdes, la Syrie comme vulnérable à un éclatement ethnique, et le Liban, déjà plongé dans le chaos, comme un modèle à suivre.

L’objectif était de transformer la région en une mosaïque de mini-États faibles, incapables de défier Israël, lui permettant d’émerger comme la superpuissance régionale incontestée, avec de nouvelles frontières « du Nil à l’Euphrate ».

Cette ligne de pensée a été formalisée pour Benjamin Netanyahou en 1996 avec le document stratégique « A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm », rédigé par un groupe d’étude dirigé par des néoconservateurs juifs américains comme Richard Perle, Douglas Feith, David Wurmser, ainsi que d’autres membres du Project for the New American Century (PNAC). Réfléchissez un instant à cela : des responsables du gouvernement américain, issus de l’administration Bush, rédigeant une stratégie pour un Premier ministre israélien. Posez-vous la question : où allait leur loyauté et pour qui travaillaient-ils réellement, l’Amérique ou Israël ? Rédigé pour Netanyahou lors de sa prise de fonction, le rapport exhortait Israël à abandonner le processus de paix d’Oslo, à rejeter les formules « terre contre paix », et à poursuivre à la place des politiques agressives de changement de régime contre les voisins hostiles, en commençant par la Syrie et l’Irak, tout en cultivant des alliances avec la Jordanie et la Turquie. Il mettait l’accent sur des actions militaires préventives et sur l’exploitation du soutien des États-Unis afin de remodeler la région en faveur d’Israël.

Quatre ans plus tard, en septembre 2000, le même réseau du PNAC a produit un second document stratégique majeur intitulé « Rebuilding America’s Defenses : Strategy, Forces, and Resources For a New Century » (« Reconstruire les défenses de l’Amérique : stratégie, forces et ressources pour un nouveau siècle »). Ce rapport préconisait une domination militaire américaine mondiale durable, en insistant sur l’expansion à long terme de la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Il appelait à une vaste « révolution dans les affaires militaires », où ils déclaraient ouvertement : « le processus de transformation, même s’il entraîne des changements révolutionnaires, est susceptible d’être long, sauf si un événement catastrophique et catalyseur survient — comme un nouveau Pearl Harbor.

Le rapport complet est disponible ici :
https://resistir.info/livros/rebuilding_americas_defenses.pdf